Fortifier ses cheveux pylone

Ne pas relire, accumuler seulement ces notations d’instant, puisque le même train, de jeudi à jeudi, en permettra la répétition, que ne changeront, mais lentement, que le cycle perceptible des saisons et la lumière.Parfois attendre pour sortir le carnet noir d’arriver dans ces villes de vieille densité industrielle, la faïencerie de Vitry-le-François, la brasserie de Champigneulles, l’aciérie de Commercy, la scierie de Bar-le-Duc, la cimenterie de Sorcy et la grande prison (longs murs sombres avec barbelés et miradors, toits de bâtiments alignés) aperçue à Écrouves avant Toul.La grande maison inhabitée à trois étages et dix-huit fenêtres après Vitry-le-François (à Revigny, justement, quarante secondes environ après la rue déserte perpendiculaire à la gare minuscule).Puis : l’usine à papier juste avant Longeville, près Bar-le-Duc, où les stocks de bois sont sous arrosage permanent.Le nom Commercy, le nom Bar-le-Duc, et à Vitry-le-François indication au haut-parleur (chaque semaine la même phrase) de la possible correspondance pour Saint-Dizier comme ailleurs la possible correspondance pour Chaumont. Ne pas noter les minutes, ne pas revenir sur ce qui s’écrit : ajouter chaque semaine au détail de la rue de la gare à Revigny.Puis : le mur bleu à étroite frise jaune de Varney Industrie, ce qu’il y a de l’autre côté du mur et ce qu’on y fabrique (le bâtiment une centaine de mètres pourtant) on ne saura pas.on trouvera ci-dessous une version préliminaire mais complète du livre publié en 2000 chez Verdier, Paysage Fer ; cette version permettra à qui le souhaite travail sur occurrences, toponymes, urbanisme et structures narratives ; elle servira de base à projet hypertexte en constitution, associant documents de préparation, géo-localisation, extraits du film ou rushes inédits, photographies d’archives, photographies depuis le train ou lors du tournage du film ; se reporter à Paysage Fer, 52 images retrouvées, pour plus d’éléments sur le contexte, ainsi que Paysage Fer : passer du livre au film pour notes, carnets, autres documents ; FB À retrouver dans l’intérieur du texte, les formes récurrentes ou écritures à contrainte : Sur la carte Formes Écrire à la volée Reprendre (la tentation d’inventaire) Mémoire & profusion Qu’il ne soit pas indifférent... Un souvenir d’usine Noms (une accumulation) Variations sur détail image (Vitry-le-François) Partir aussi des mots Récurrence et répétition : chaque semaine, même minute, surgissement d’une même image, trop brève pour être retenue.C’est pauvre, encombré, on n’en saura jamais que cela.Ici, l’ancienne caserne aux bâtiments réguliers et murs à tessons revendue telle quelle aux assurances AXA, avant la maison rose à vendre près de l’hôtel à balconnade, les panneaux pour les grandes routes et les indications locales (sept panneaux, plus le nom de la rue, illisible d’ici, sur pancarte carrée en bout du passage piéton), le tout surmonté d’un immeuble jaune de cinq étages à cheminées de brique, et le ciel à Bar-le-Duc pas moins indifférent qu’ailleurs à nos affaires ici-bas. On a fait trente fois déjà ce voyage aux mêmes heures du jeudi, on reconnaît tout à mesure que cela se présente, sur la très grande plaine plate d’Épernay, cet ancien passage à niveau à l’architecture réglementaire et étroite de la maison sans voisins à moins de cinq kilomètres, juste une minuscule route de campagne qui s’en vient couper droit la voie ferrée, maintenant une barrière automatique et dans cette maison chaque fois une lessive au fil qui bat, une carcasse de voiture à l’arrière, et dans un grillage des poules et lapins.La ceinture des paraboles de réception, six haubans, et au sommet le court cylindre de l’émetteur, une lampe blanche clignote pour prévenir d’improbables avions égarés, un bâtiment bas au pied et les éternels grillages clos.Il reste les cabanes, des pans de cabanes, des planches effondrées et ce découpage avec les allées maintenant pour rien, comme si le grillage avait pour fonction que personne ne pénètre là plus jamais.Ailleurs cette découpe sur une colline de dix arbres dans l’hiver, comme peints à l’encre de Chine et se détachant du ciel uniformément gris dans ce qu’on se souvient, et maintenant, à l’instant même, si on lève le regard à travers la fenêtre du train c’est soudain des échancrures violentes dans les nuages et des accumulations presque noires sur l’horizon qu’ici on domine, sur seulement l’étendue moutonnée de champs immensément labourés et personne.Mais comme cette peau humaine d’un pays, image fréquentée, construite. Il y a ces étangs du dimanche, creusés en arrondi au bulldozer, et tout autour des bancs sans dossier ni ombre. Un grillage haut avec portail fer forgé qui a dû coûter plus cher que le terrain.Stades de foot détrempés et leurs identiques buts blancs, les haies autour qui sont un début de campagne, et la baraque des vestiaires avec l’ouverture en préau pour la buvette, aux sorties de villages ou enchâssés dans les villes parmi les entrepôts (le mot ciment, encore, comme une cicatrice et pourtant).


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À Revigny, la place devant la gare, bistrot avec une enseigne rouge et la route qui s’en va droit, perpendiculaire, entre des maisons. Se préparer chaque semaine pour noter un détail supplémentaire et pourtant la rue toujours vide, à l’heure où c’est Revigny qu’on traverse (le nom écrit transversalement sur la gare et qu’on voit fuir). Bâtiments de ciment gris près des gares, voitures garées auprès. Pas de fenêtres, des lampes jaunes dedans, plutôt, dans les entrepôts, sur les bureaux de bois, avec au mur des fiches de planning, et à la sortie pour camion, là-bas, celui qu’on aperçoit en blouse fumer une cigarette, sur la blouse le gilet sans manche doublé de laine de mouton qu’on distribue dans les usines.